Caution physique : qui peut se porter caution et vérifier

Caution physique d'un bail : qui peut s'engager, quels documents demander, formalisme art. 2297 Code civil et art. 22-1 loi 89-462 pour éviter la nullité.

Plinthos · · 16 min de lecture

Tu loues une chambre à 480 € à Bordeaux à une étudiante de 22 ans. Sa mère est prête à se porter caution. Tu veux dire oui, mais tu te demandes : est-ce que ça vaut quelque chose si elle est au chômage partiel ? Faut-il un acte écrit ? Et si tu prends déjà une assurance loyers impayés ou Visale, peux-tu cumuler avec sa caution ?

La caution physique est l’engagement d’une personne (parent, conjoint, ami) à payer le loyer et les charges si le locataire ne paie pas. Pour un bail d’habitation résidence principale, elle est encadrée par l’article 22-1 de la loi 89-462 et par l’article 2297 du Code civil : mention apposée par la caution elle-même (manuscrite ou électronique depuis le 1er janvier 2022), remise d’un exemplaire du bail, et interdiction de cumul avec une assurance loyers impayés (GLI) — sauf pour étudiants et apprentis (art. 22-1 loi 89-462). Pour Visale, les CGU d’Action Logement interdisent le cumul avec toute autre garantie sans exception, y compris pour les étudiants. Sans ces formalités, la caution est nulle et tu te retrouves sans garantie.

Dans cet article : qui peut se porter caution, quels documents exiger, comment rédiger l’acte sans erreur, la différence solidaire/simple, et les pièges qui font tomber la caution.

Qu’est-ce qu’une caution physique exactement

La caution physique, ou cautionnement, est le contrat par lequel une personne s’engage envers toi à payer la dette du locataire si celui-ci ne paie pas. C’est une garantie supplémentaire qui s’ajoute au dépôt de garantie — mais qui n’a rien à voir : le dépôt est plafonné (1 mois en vide, 2 mois en meublé) et versé par le locataire ; la caution est un engagement d’un tiers, sans plafond légal en montant total mais avec un formalisme strict.

Le cautionnement pour un bail d’habitation est régi par deux textes :

  • Article 22-1 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 : règles spécifiques au bail d’habitation (cumul interdit avec assurance, exception étudiants/apprentis pour la GLI privée, mention apposée par la caution, remise du bail).
  • Article 2297 du Code civil (issu de la réforme du cautionnement de 2021, en vigueur depuis le 1er janvier 2022) : forme générale de l’engagement et mention apposée par la caution elle-même (le texte légal ne fait plus référence à une mention « manuscrite » : elle peut être apposée par voie électronique, à condition que la caution l’appose elle-même).

La caution physique reste la solution classique quand le locataire n’est pas éligible à Visale (la caution publique gratuite d’Action Logement) et que tu ne veux pas payer une GLI tous les mois. Vois aussi : Visale : la garantie d’État gratuite pour bailleurs.

Qui peut se porter caution

Toute personne physique majeure et capable juridiquement peut se porter caution, mais en pratique tu vas filtrer sur la solvabilité. Voici les profils typiques et ce qu’ils valent en garantie.

Profil de la cautionCrédibilitéDocuments demandés
Parent en CDI ou fonctionnaire actifTrès forte3 bulletins de salaire + 2 avis d’imposition + pièce d’identité + justificatif de domicile
Retraité avec pension stableForteAvis de pension + 2 avis d’imposition + pièce d’identité
Indépendant ou entrepreneurMoyenne à forte selon anciennetéExtrait K-bis + 2 derniers bilans + 2 avis d’imposition
Grands-parents avec patrimoineMoyenne2 avis d’imposition + taxe foncière (si propriétaire)
Ami en CDI avec revenus suffisantsVariableMême pack que parent en CDI + relation à clarifier
Étudiant ou personne sans revenus stablesFaible — à éviterPas pertinent : la caution serait illusoire

Règle empirique du marché : la caution doit présenter des revenus mensuels nets équivalents à 3 ou 4 fois le loyer charges comprises pour un parent, davantage pour un tiers plus éloigné (4 à 5 fois). Le but : qu’en cas d’impayé, elle puisse assumer plusieurs mois sans s’effondrer. À écarter : interdit bancaire (FCC, FICP), surendettement, caution hors UE (recouvrement quasi impossible), revenus à peine équivalents au loyer, ou personne déjà caution pour plusieurs locations en parallèle.

Quels documents demander à la caution

Avant toute signature, tu dois constituer un dossier caution équivalent en rigueur à celui du locataire. Tu n’as pas le droit d’exiger n’importe quoi (l’article 22-2 de la loi 89-462 fixe la liste limitative des pièces que tu peux demander), mais voici le pack standard accepté.

  1. Pièce d’identité en cours de validité (CNI, passeport, ou titre de séjour) — pour l’identité et la capacité juridique.
  2. Trois derniers bulletins de salaire (ou avis de pension pour retraités, bilans pour indépendants) — régularité des revenus.
  3. Dernier avis d’imposition (ou les deux derniers) — cohérence avec les bulletins.
  4. Justificatif de domicile de moins de 3 mois (facture d’énergie, quittance, taxe d’habitation/foncière).
  5. Si propriétaire : avis de taxe foncière (stabilité patrimoniale).
  6. Si indépendant : K-bis de moins de 3 mois + deux derniers bilans certifiés.
  7. Si retraité : notification de pension.

Vérifie chaque document plutôt que de te contenter de les recevoir : un avis d’imposition se contrôle sur impots.gouv.fr (SVAIR), un K-bis sur infogreffe.fr. Cinq minutes de vérification valent mieux qu’un an d’impayés. Applique la même règle objective à toutes les cautions : exiger ces pièces du garant d’un candidat et pas d’un autre t’expose au même risque que pour le locataire — voir sélectionner un locataire sans discriminer. Pour centraliser le dossier caution avec le bail et l’état des lieux, voir comment ça marche dans Plinthos.

Formalisme : ce qui rend la caution nulle si tu te trompes

C’est le point le plus délicat. Une caution mal rédigée est nulle, et la nullité te laisse sans garantie le jour où le locataire arrête de payer. Quatre obligations encadrent l’acte.

1. Acte écrit obligatoire

Le cautionnement doit être établi par écrit, soit comme acte séparé, soit intégré au bail signé en annexe. Un engagement oral ou par e-mail ne vaut rien.

2. Mention apposée par la caution (art. 2297 Code civil)

L’erreur classique. La caution doit apposer elle-même une mention exprimant clairement la nature, la durée et le montant maximum de la dette. Depuis la réforme du cautionnement de 2021 (en vigueur au 1er janvier 2022), l’article 2297 du Code civil n’emploie plus le terme « manuscrite » : la mention peut être manuscrite ou apposée par voie électronique (signature électronique), à condition qu’elle soit apposée par la caution elle-même et qu’elle exprime un engagement en connaissance de cause.

Mention type acceptable :

Je me porte caution solidaire de M./Mme [nom et prénom du locataire] pour le paiement des loyers et charges du logement situé au [adresse précise], pour un montant mensuel de [X] € de loyer + [Y] € de charges, révisable selon la clause d’indexation IRL du bail, pour une durée de [X années] à compter du [date de prise d’effet]. En cas de défaillance du locataire, je m’engage à payer sur mes propres deniers dans la limite de [montant total plafonné, par exemple : 36 mensualités, soit X €].

La mention doit être apposée par la caution elle-même (manuscrite ou électronique depuis le 1er janvier 2022), datée et signée. Une mention pré-imprimée par le bailleur, simplement signée par la caution sans qu’elle l’ait apposée elle-même, ne suffit pas. En pratique, la mention manuscrite reste la pratique la plus prudente pour conserver une preuve indiscutable.

3. Remise d’un exemplaire du bail à la caution

L’article 22-1 de la loi 89-462 exige que tu remettes à la caution un exemplaire du contrat de location. Le but : qu’elle prenne connaissance des engagements du locataire (montant, durée, clauses) avant de signer.

4. Indication claire de la durée de l’engagement

L’acte doit préciser si la caution est conclue pour une durée déterminée (par exemple “3 ans à compter du [date]” ou “pendant toute la durée du bail initial et de ses deux renouvellements”) ou pour une durée indéterminée. Distinction critique :

  • Durée déterminée : la caution ne peut pas se rétracter avant le terme prévu. Plus protecteur pour toi.
  • Durée indéterminée : la caution peut résilier unilatéralement à tout moment ; la résiliation prend effet au terme du contrat de location en cours (art. 22-1 dernier alinéa loi 89-462). Tu te retrouves sans caution à chaque renouvellement.

En pratique, vise une durée déterminée alignée sur le bail initial + 1 ou 2 renouvellements (par exemple 3 ans pour un bail vide de 3 ans renouvelable, ou 6 ans pour 3 ans + 1 renouvellement).

Si l’une de ces quatre obligations manque, la caution est nulle. L’article 22-1 le dit explicitement : “Ces formalités sont prescrites à peine de nullité.”

Caution solidaire ou caution simple : choisir le bon régime

Il y a deux régimes de cautionnement, et c’est toi (bailleur) qui le précises dans l’acte. Le choix est lourd de conséquences.

CritèreCaution solidaireCaution simple
Quand peux-tu réclamer à la caution ?Dès le premier impayé, sans poursuivre le locataire d’abordSeulement après avoir épuisé les recours contre le locataire
Bénéfice de discussionRenoncé d’avanceDisponible (art. 2305 Code civil)
Plusieurs cautions : règle de partageChacune peut être appelée pour la totalitéPartage entre les cautions (bénéfice de division, art. 2306 Code civil)
Niveau de protection bailleurTrès fortFaible
Fréquence dans les bauxMajoritaire (99 % des cas)Rare

En pratique, la caution solidaire est le standard du marché et c’est celle que tu vas demander. Le bénéfice de discussion de l’article 2305 du Code civil (depuis la réforme du cautionnement, en vigueur au 1er janvier 2022) permet à la caution simple d’exiger que tu poursuives d’abord le locataire jusqu’à épuisement de ses biens — autant dire des mois de procédure avant de pouvoir réclamer un centime à la caution. Le bénéfice de division de l’article 2306 du Code civil (caution simple avec plusieurs cautions) divise la dette entre elles, ce qui complique encore le recouvrement.

La mention manuscrite reflète le régime choisi : si tu prends une caution solidaire, la mention doit le dire (« Je me porte caution solidaire »). Si elle dit simplement « Je me porte caution », c’est une caution simple par défaut.

Cumul interdit : caution physique + Visale ou GLI = nullité

C’est le piège qui fait le plus de dégâts en 2026, et beaucoup de bailleurs l’ignorent. L’article 22-1 de la loi 89-462 interdit explicitement le cumul entre une caution physique et une assurance loyers impayés, avec une exception légale pour les étudiants et apprentis. Mais attention : pour Visale, les CGU d’Action Logement vont plus loin que la loi et interdisent le cumul sans aucune exception.

Le texte de l’article 22-1, alinéa 1 :

“Le cautionnement ne peut pas être demandé, à peine de nullité, par un bailleur qui a souscrit une assurance, ou toute autre forme de garantie, garantissant les obligations locatives du locataire, sauf en cas de logement loué à un étudiant ou un apprenti.”

Concrètement, il faut distinguer deux régimes :

  • GLI (assurance privée loyers impayés) : le cumul avec une caution physique est interdit en application directe de l’art. 22-1 de la loi 89-462. Exception légale : si le locataire est étudiant ou apprenti, le cumul GLI + caution physique est autorisé. Cette exception est la seule fenêtre prévue par la loi pour empiler une assurance et une caution.
  • Visale (garantie Action Logement) : les CGU bailleur de Visale stipulent expressément que “le bailleur ne peut souscrire sur la même période d’autre garantie pour les risques couverts par le dispositif Visale (caution personne physique, caution personne morale, assurance…), sous peine de nullité du contrat”. Cette interdiction contractuelle s’applique sans exception, y compris pour les étudiants et apprentis : si tu actives Visale, tu ne peux pas demander de caution physique en plus, même pour un locataire étudiant.

Tu dois donc choisir une garantie principale : Visale, GLI, ou caution physique. La seule combinaison légalement autorisée est GLI + caution physique pour étudiants/apprentis (art. 22-1 loi 89-462). Pour Visale, c’est une garantie unique et exclusive, point.

Si le locataire ne paie pas : comment activer la caution

Une fois la caution valablement constituée, son activation suit un parcours différent selon le régime choisi.

  1. Relance écrite au locataire dès que le loyer manque à l’échéance (lettre simple ou e-mail dans les 5 à 10 jours).
  2. Mise en demeure du locataire par LRAR si l’impayé persiste. C’est l’étape juridique préalable à toute action contre la caution.
  3. Notification à la caution. En caution solidaire : LRAR à la caution en parallèle, sommée de régler. En caution simple : il faut d’abord épuiser les recours contre le locataire (saisie sur salaire, poursuite des biens).
  4. Action judiciaire au tribunal judiciaire (juge des contentieux de la protection) pour obtenir un titre exécutoire si ni le locataire ni la caution ne règlent. Plusieurs mois de procédure en général.
  5. Recouvrement avec le titre : saisie sur salaire ou compte bancaire de la caution, hypothèque judiciaire si elle est propriétaire.

Comparé à Visale (versement direct en quelques semaines après déclaration), la caution physique est plus lente : il faut souvent passer par le juge. C’est le prix de la gratuité et de la liberté de choix du garant. Pour la timeline opérationnelle complète (relances, commandement de payer, clause résolutoire, étapes judiciaires), voir Loyer impayé : la procédure étape par étape. Pour les retenues sur dépôt à opérer en parallèle, vois aussi : Retenues sur dépôt : ce que tu peux et ne peux pas garder.

Erreurs classiques qui font tomber la caution

Voici les cinq pièges que je vois revenir le plus souvent et qui ruinent la garantie.

  1. Omettre la mention apposée par la caution (art. 2297 du Code civil). La caution reçoit un acte pré-imprimé qu’elle signe sans rien apposer elle-même → nullité. C’est l’erreur n° 1, et elle est définitive (pas de régularisation possible une fois le bail signé). Depuis le 1er janvier 2022, la mention n’a plus besoin d’être manuscrite, mais elle doit être apposée par la caution elle-même (manuscrite ou électronique).
  2. Cumuler caution physique et GLI ou Visale en violation des règles applicables. Pour la GLI privée : le cumul rend la caution nulle (art. 22-1 loi 89-462) sauf si le locataire est étudiant/apprenti. Pour Visale : les CGU Action Logement interdisent le cumul sans aucune exception, même pour étudiants/apprentis — la garantie Visale et/ou la caution physique peuvent être annulées.
  3. Caution sans plafond de montant. Une caution « illimitée » (« je m’engage pour toutes sommes dues par le locataire »), sans aucun plafond chiffré, est susceptible d’être jugée disproportionnée et donc partiellement ou totalement inopposable. Toujours plafonner : par exemple, “dans la limite de 36 mensualités”.
  4. Ne pas remettre d’exemplaire du bail à la caution. Obligation explicite de l’article 22-1 sous peine de nullité. Garde la preuve de la remise (signature de la caution sur le bail ou récépissé daté).
  5. Ne pas vérifier la solvabilité avant signature. La caution est aussi bonne que les revenus et le patrimoine du garant. Si tu acceptes un beau-père au RSA, tu auras un papier signé et zéro recouvrement le jour de l’impayé.

Questions fréquentes

Un étudiant peut-il se porter caution pour un autre locataire ?

En théorie oui s’il est majeur et capable, en pratique non : sans revenus stables ni patrimoine, sa caution est sans valeur économique. Sauf cas particulier (étudiant propriétaire d’un bien hérité), refuse.

Faut-il un acte notarié pour la caution ?

Non. L’acte sous seing privé (signé entre toi, le locataire et la caution, sans notaire) suffit. L’essentiel est de respecter les quatre obligations : forme écrite, mention apposée par la caution elle-même (art. 2297 Code civil, manuscrite ou électronique depuis le 1er janvier 2022), remise du bail à la caution, indication de la durée. L’acte notarié est facultatif et coûteux.

La caution est-elle automatiquement reconduite au renouvellement du bail ?

Cela dépend de la durée stipulée dans l’acte. Si tu as prévu “3 ans” et que le bail est renouvelé pour 3 ans supplémentaires, la caution n’est pas reconduite automatiquement pour le renouvellement. Si tu as prévu “pendant la durée du bail et ses renouvellements”, elle continue mais la caution peut résilier à chaque échéance en cas de durée indéterminée. Anticipe ce point dans la rédaction.

Que se passe-t-il si la caution décède en cours de bail ?

Les héritiers sont tenus des dettes nées avant le décès, mais l’engagement ne se transmet pas pour les dettes futures (sauf clause expresse contraire, rare). Si le locataire arrête de payer après le décès, tu ne peux plus rien réclamer aux héritiers pour ces impayés — prévois une caution de remplacement.

Peut-on demander deux cautions pour un seul locataire ?

Oui. Chaque caution signe son propre acte avec sa propre mention (apposée par elle-même, manuscrite ou électronique, art. 2297 Code civil). En caution solidaire, tu peux réclamer l’intégralité à n’importe laquelle ; en caution simple, le bénéfice de division (art. 2306 Code civil) partage la dette à parts égales.


La caution physique est un outil puissant mais exigeant : un acte bien rédigé avec mention apposée par la caution (art. 2297, manuscrite ou électronique depuis 2022) et durée déterminée te protège pour plusieurs années ; un acte bâclé est nul, et tu te retrouves sans rien. Avant de signer, fais le check-list complet : profil solvable (revenus 3-4× le loyer), dossier complet vérifié, mention apposée par la caution elle-même reproduisant exactement la nature, durée et plafond, remise de l’exemplaire du bail. Et n’oublie jamais : si tu prends une GLI privée, oublie la caution physique en parallèle (sauf étudiants et apprentis) ; si tu actives Visale, le cumul est interdit par les CGU sans aucune exception. Plinthos archive l’acte de cautionnement avec les documents du bail pour que tu retrouves tout en un endroit le jour où tu dois activer la garantie — voir fonctionnalités.

Cet article est informatif et reflète la réglementation à la date de publication (art. 22-1 loi 89-462, art. 2297 Code civil après la réforme du cautionnement de 2021). Les cas complexes — caution proportionnée, contestation de la mention manuscrite, action en recouvrement — relèvent du conseil d’un avocat ou d’une association de propriétaires (UNPI, ANIL). Vérifie toujours sur legifrance.gouv.fr ou service-public.gouv.fr avant de finaliser un acte.

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